Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /2008 09:29

Ikram M'henni originaire de Sayada 

Enigme et Magie

 

Le hasard a voulu que la première exposition personnelle de la peintre Ikram M'henni, soit celle qui clôture l'année 2006 pour la galerie d'Art Espace Bouabana. C'est une exposition qui fait couler beaucoup d'encre depuis son vernissage, jeudi 14 décembre.

D’abord, il s’agit d’un passage en force de l’amateurisme au professionnalisme, d’une artiste peu connue. Un passage qui se fait avec un grand éclat par une exposition personnelle. Sans avoir participé auparavant à des expositions collectives et sans avoir eu à bénéficier de l’appui d’un peintre de renommée, elle semble se frayer un chemin digne d’intérêt. Ensuite, ce sont la qualité de ses oeuvres et l’originalité de sa palette qui ont fait que cette exposition a été acquise en entier dès son vernissage et que le halo des projecteurs se braquent déjà sur le parcours de cette artiste à l’allure bohémienne.

 

Au fait, qui est Ikram M’henni? Titulaire d’une maîtrise en arts plastiques, celle poursuit ses études de mastère en esthétique contemporaine. Après des années de recherche et de travail laborieux, Ikram M’henni, déplace ses toiles des chevalets pour les cimaises des galeries.

 

L’exposition, composée de 26 tableaux, se présente comme une quête exploratrice de la géographie imaginaire du corps. La mise en évidence de ce avec quoi le corps est constamment croisé, " tramé " devrait nous permettre d’en appréhender la texture charnelle, temporelle, imaginaire et sociale. Cherchant le corps, on ne rencontre jamais une enveloppe stable, aux contours fixes, mais des formes et des couleurs qui sans cesse, se télescopent, s’interpénètrent, procèdent à des adaptations, des réélaborations sociales et imaginaires. La mise à nu de la trame du corps, la déconstruction de cette représentation cardinale, n’est pour Ikram M’henni qu’une aventure qui finit par la rencontre de l’âme "nue". L’artiste, le fait par le biais d’une palette de couleurs qu’elle puise "en elle même, avec un minimum de tons qui réveillent "la lumière plastique".

 

 

 

 

Photo : Koutheïr KHANCHOUCH

 

 

 

 

 

 

 

En effet, l’intitulé de l’exposition, "Comme si je me voyais", est un indice qui nous laisse penser que le peintre a poussé à l’extrême sa présence dans l’œuvre, mettant en jeu son corps qui devient lui-même support de l’œuvre. Déjà dans les années soixante, les actionnistes viennois ont eux aussi poussé très loin la pratique des happenings, mettant en scène leur propre corps dans le cadre de pratiques extrêmes mêlant parfois violence, souffrance et sexualité. Si l’art pour eux a un caractère libératoire, et agit en tant qu’abréaction d’effets et de représentations violentes, il n’en est pas de même -heureusement-pour M’henni en dépit de la consonance mystique, évidente dans ses œuvres.

 

 

 

L’artiste qui s’insurge contre le manque de dimension contemplative propre à notre époque, met ici en scène des figures spirituelles difficilement représentables, comme celles qui hantèrent la représentation picturale en Occident pendant des siècles. Cette représentation est poussée ici aux confins de l’infigurable, et l’image à la limite de la dématérialisation. Le spectateur est invité à une expérience de tous les sens, remettant en cause la perception et ses lois. Le temps semble s’allonger dans la durée des actions qui se prolongent. Formes et couleurs se confondent dans un espace qui abolit les limites entre les choses. Le visible est menacé par l’invisible, l’obscurité rongeant à chaque instant la lumière. La tension émotionnelle, véhiculée par le son, explose au moment de l’apparition des corps propulsés hors de la lumière générée par les couleurs chaudes ou engloutis en elle. Rien ne reste, tout bouge inlassablement et l’image aussitôt formée rentre dans le processus de sa disparition.

 

 

 

Création, naissance, mort, élévation, vie, sont les éléments forts des œuvres scandés par le titre. Ces dernières qui, voulant libérer chez le spectateur les effets refoulés, sont de l’ordre de la catharsis.La composition et le cadrage démontrent que l’artiste est consciente des éléments de ses toiles, décide de leur importance, relève et façonne avec eux un sens d’ordre et d’harmonie. La palette de l’artiste dénote d’une exploitation judicieuses des couleurs et expose ses particularités tels cette répartition équilibrée sur la toile et l’harmonie et le contraste des effets que l’artiste a voulu réaliser. Dans sa totalité, l’exposition exprime une idée en rapport avec le "nu" en utilisant des symboles. De ce fait, les toiles "synthétiques" dégagent des sens aux diverses représentations qui n’acquièrent leurs significations que par ce caractère symbolique. Le travail d’Ikram M’henni suggère des préoccupations symboliques où l’être humain, avec ses rapports énigmatiques et magiques avec la mort et l’érotisme, est au cœur même des toiles. Certes, c’est surtout la femme qui est le modèle idéal, choisi par l’artiste pour incarner la pureté, l’impénétrabilité, la beauté idéale, la vertu, la sensualité et la sexualité, mais Ikram M’henni est surtout attirée par le mystérieux, l’étrange, le fantastique, les zones d’ombre et les correspondances entre le visible et l’invisible.

 

 

 

C.B.N : "La Presse de Tunisie"

 

 

 

Par mhenni - Publié dans : a.mhenni
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